Florence Chevallier
(artiste)



La chambre invisible de l'art 


Parfois, je «tourne autour», parfois j'y vais directement.

L'été 2012, où j'ai plongé nue dans un puits glacé très profond , j'ai demandé à mon mari de me filmer sur le champ. La lumière du soleil qui inondait la surface de l'eau et se projetait sur les pierres circulaires , la grille d'entrée faisant des arabesques d'ombres sur mon corps, l'écho de ma respiration amplifiée par la profondeur du puits ont contribué à la réussite de ce film, que je n'avais ni prévu, ni imaginé, qui s'est fait par le hasard d'une balade dans le Rouergue où je préparais l'accrochage d'une exposition de photographies et de vidéos. Le programme de cet accrochage et de l'exposition s'en est trouvé modifié: j'ai monté cette séquence en deux jours et deux nuits, et je l'ai montrée le soir du vernissage, trouvant une cohérence totale avec les autres œuvres vidéo-projetées.

Cette décision  rapide, cette exécution immédiate , face au  hasard d'un lieu, d'une forme, d'une personne, qui se présente à nous avec l'illumination nécessaire, est je dois dire très rassurante et inquiétante à la fois. Ce hasard objectif ne lassera pas de me bouleverser.

D'autres fois, je tourne en rond, j'explore d'infinis chemins, je creuse, j'explore, je descends , je remonte . Je laisse sur le bas côté, je reprends, j'ajoute, j'enlève, je rage, j'explose. Ma frustration grandit, les images m' envahissent, m'étouffent. Je laisse reposer. J'attaque à nouveau sous un autre angle, je recommence, j'y crois, je n'y crois plus.

Cela décante et un jour se lèvent certaines, rafraichies par l'abandon dans le noir des boites et des tiroirs, dans ma mémoire: elles s'imposent; je les agrandis au bon format. J'accepte de renoncer à toutes les autres.

C'est plutôt cette dernière expérience que je vous livre dans Atmosphère de transformation 8.

La Chambre Invisible, 2005 est le titre de cet ensemble, qui est né d'un autre ensemble intitulé
A mon seul désir, et qui s'accoudait à la fameuse tapisserie de la Dame à la Licorne, renonçant semble-t-il aux tentations du monde et à ses plaisirs.

J'ai photographié mes vêtements pour accéder à la part profonde de la féminité , liées que nous sommes à ce que nous portons , et rejoindre par la doublure éclairée, l'envers de ce qui s'expose, ce lieu qui confond et le corps et la peau, et le monde.
 le lieu intime de la conception, le corps  féminin métaphorisé par le vêtement entre douceur et violence, cassures, vie et deuil, métamorphoses humain/animal, êtres et  fantômes, caverne utérine où se jouent les premiers drames et les premiers conflits. »

Un jour je les ai déchirés , je suis montée sur le toit de mon immeuble et les ai exposés sur des fils à linge comme des dépouilles, puis je les ai clouées sur un mur recouvert de tags.

Le rapport entre ces vêtements et les bâtiments alentours, évoque les deux grands axes de mes œuvres photographiques, le corps et  l'architecture.


Florence Chevallier




Projet  - Chambre invisible 1
Projet - chambre invisible 3
 
Déchiré noir 3 Déchiré 4
 
Projet - chambre invisible 16 Projet - chambre invisible 13
 
Vues de L'exposition
 
Florence Chevallier