Philippe Richard

Philippe Richard
   

Philippe Richard - AdT 1 - Espace JF-P, Paris

 

THOUGHT PROCESS

 Quand je travaille, il y a toujours un point de départ tout bête, une question très simple : qu’est-ce qu’une peinture ? Ca peut être une oeuvre d’art qu’on peut percevoir ou pressentir dans son entier à tout moment. Dans la musique, il y a la durée, dans un livre, il y a le rythme des pages. Toutes ces oeuvres sont fragmentées, si on prend comme mesure un instant. La photographie est un instantané. Il y a toujours une mesure du temps au coeur des hommes. Mais dans la peinture, la notion de temps est différente. C’est un peu ce qui se passe avec la poussière. Il y a un dépôt de temps. Ca peut être plusieurs temps appréhendés ensemble. C’est un peu ce qui donne la densité de la peinture, ces temps qui se chevauchent, se télescopent. Que je fasse une peinture en un jour, un an ou dix ans, c’est mon affaire. Mais le spectateur aura toujours sous les yeux, à tout moment, toute l’oeuvre.

 Dans les volumes peints, il ne s’agit plus vraiment de la même chose. L’oeuvre n’est plus perçue dans son ensemble puisqu’on doit tourner autour. Ca pourrait être des sculptures mais c’est beaucoup plus proche d’une peinture, formellement – surface plane, format plus ou moins habituel d’un tableau, mais en fait, c’est un assemblage de peintures, un polyptyque. Chaque surface est peinte indépendamment des autres. J’ai voulu que le tableau n’ait ni un haut ni un bas et aucune composition qui puisse donner un indice de la manière dont cette peinture a été peinte. Il n’y a aucune recherche d’harmonie entre deux faces mais pas non plus de dissonance. Plutôt une idée de hasard.

 L’arbitraire joue un rôle important dans mon travail. Pour chaque tableau il n’ y a pas une manière meilleure qu’une autre. C’est pour ca que je n’arrête pas de les tourner, de tourner autour. J’aimerais vraiment que ces volumes entravent la circulation, qu’ils deviennent des obstacles. Je voulais avoir la liberté de les installer différemment dans des espaces différents. D’un côté j’ai envie que ce soit vu comme un obstacle, de l’autre j’aimerais garder le sentiment d’une certaine légèreté, que ça garde les qualités de la peinture. Pour moi la peinture, c’est une chose fragile – mentalement et physiquement. Je ne veux pas qu’il s’agisse de volumes en marbre.