essai

 

Gaëtan Verdier

DTC 7e essai - Gaëtan Verdier 

"Vous vous introduisez dans une pièce assez large. Vous êtes alors intrigué par ce qui vous entoure. En effet, les murs sont couverts de gigantesques fresques en noir et blanc, méticuleusement peintes. Elles représentent des paysages de montagnes. Au niveau de certains sommets, vous remarquez des silhouettes colossales. Elles donnent l’impression d’être gravées dans la roche. Cependant, elles ne font qu’un avec les paysages. Les nuées d’arbres, les filets de rivières, les crevasses rocheuses deviennent corps de ces êtres gigantesques. En premier plan, des personnes contemplent ces paysages. Ce sont en général des randonneurs. Puis soudain, vous commencez à voir qu’il y a des mouvements. Ces mastodontes bougent lentement.
Vous êtes dans la salle des icônes de la Cellule 314. Comme vous pouvez le constater, elle est unique en son genre. Vous remarquerez la minutie des  détails de ces peintures mais surtout la  particularité de celles-ci à se mouvoir. Les  icônes ont changé au travers des âges. Là où elles incarnaient autrefois des idéaux chrétiens, vous êtes aujourd’hui face à la représentation des nouveaux archétype. Celle d’une ère sans religion, d’un temps sans dieu, d’un monde sans créateur. Ces fresques dépeignent des êtres d’univers impalpables, faits à partir du nôtre et que nous suivons à travers des filtres, nos écrans. Ce sont des odyssées et des mythes modernes d’individus surnaturels que nous tentons de suivre au fil des jours. Vous pouvez y voir Buffy Summers, célèbre chasseuse de vampires au côté de Rust Cohle, véritable détective et de surcroît nihiliste. Apparaissent aussi Kevin Garvey et Nora Durst, les restes d’une société en pleine renaissance. Dale Cooper et Audrey Horne, deux résidents de Twin Peaks, s’imposent à leurs côtés dans ces montagnes sacrées. Le cruel psychanalyste Hannibal Lecter, les policiers névrosés Ray Velcoro et Ani Bezzerides et même les agents Mulder et Scully y sont également présents. Vous êtes face aux incarnations idéales de ce qui nous surpasse, de ce que l’homme voudrait être. Elles sont devenues monuments dans ces décors naturels. Le sommet des montagnes est le point de rencontre entre la terre et le ciel, le corps et l’esprit, le matériel et l’immatériel. Ces êtres sont idolâtrés autant pour leurs physiques que leurs visions du monde. Ces icônes sont les miroirs de nos fantasmes enfouis et de nos rêves les plus secrets.
Pendant que le guide vous parle, vous remarquez peu à peu que les images s’estompent au fil du temps. Elles perdent de leur éclat. Vous pensiez que cela n’était qu’une illusion due à une source de lumière parasite. Ce n’est pourtant pas le cas. En effet, en très peu de temps, les personnages disparaissent soudainement comme s’ils étaient en train de brûler. Les visages se dissipent sous vos yeux. Les montagnes s’écaillent et se blanchissent. Puis, en une fraction de seconde, les fresques qui vous entourent, se perdent dans le néant, ne laissant derrière vous que de simples murs vierges. "


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