Vincent Côme

Vincent Côme
   

Vincent Côme<br>Métal peint<br>Atmosphère de Transformation 1<br>Espace JF-P, Paris<br> Février 2012

   

 

Pénurie de ciment


C’était le titre d’un article d’un journal marocain que je découvrais à l’occasion d’une escale à Casablanca pour Dakar.
Un hasard ou plutôt une coïncidence me ramenant à l’espace construit, l’espace en
devenir.
Deux ans plus tôt, l'avion descendant vers la piste, Marrakech semblait cerné par de
vastes ensembles en construction. Une frustration de ne pouvoir m’y rendre, voir de
plus près ces nouveaux quartiers marquant un réel changement de la région.
Des années plus tard, dans l'Est du Maroc, Berkane. Descendant des montagnes dans un pick-up, à l’entrée de la ville les faubourgs semblaient sans limite. Les vastes étendues plates entourant la citée, se paraient de briques rouges encastrées dans un réseau droit et rigoureux de piliers et poutres de béton. Inachevées, la vie déjà.
Plus loin, Saïdia, une belle plage face à la Méditerranée, dans le dos une nouvelle zone balnéaire construite sur des marécages. Des barres d’hôtels et d’appartements de villégiature bordant 2 larges artères parallèles à la plage.
« pénurie de ciment » comment un pays peut-il être en pénurie de ciment ?
Pas de quoi acheter les matières premières ?
Boom immobilier ?
Casablanca, Tanger, Marrakech, Berkane, Oujda, Ouarzazate, Saïdia,...
Front de mer en pleine restructuration.
nouveau port en chantier
nouveaux hôtels
nouvel ensemble d’habitations
nouvel ensemble de bureaux
nouvelles autoroutes
nouvreaux rond point
nouvelles maisons individuelles
nouvelles villas de luxe
nouvel aéroport
nouveau désir
nouveau confort
Le pays semble un véritable chantier.
En être, faire partie du monde, se mouler dans l’uniformité des constructions qui se dessinent parfois si loin de ces lieux. Ne plus voir les images des richesses d’Occident, d’un certains Asie, du cinquième continent comme une vitrine inaccessible que déverse la télévision. Ne plus être devant une vitrine mais face au miroir de sa propre vie.
En être, dedans, dans la boîte de pandore, dans le monde moderne, le monde « facile, libre et heureux ».
Dans une certitude qui réduit les espaces, coince les méandres labyrinthiques des cités anciennes.
Rangé, calé, normé l’enceinte ouverte et dressée. La nature parquée. L’horizon, une merveille rarement vu.
L'ailleurs est là ! Ici ! Tout autour !
Des squelettes d’immeubles se dressent au milieu des moutons, sur les côtes, autour des baies.
Des hôtels de luxe, des bureaux, des vitrines commerçantes, des logements modernes, le commerce du futile et de l’arbitraire centrant les préoccupations. Tout ne sera que commerce.
La vie se fera sous le soleil et la chaleur d’été, sous les pluies d’hiver aussi.
Demeureront encore ces foules de badauds qui regardent depuis toujours le détroit, l’Espagne, le lointain horizon qu’offre la mer à Tanger, au cap Malabata, à la terrasse des paresseux, au Cap Spartel.
L’ancien habitat, un objet de tourisme où l’on croira y trouver de l’authentique. De l’authentique piège à touristes.
Pénurie de ciment.
Le Maroc change comme bien d’autres pays ont changé et changeront.